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Affaire Hamed Bakayoko : André Silver Konan tacle violemment Tiémoko Assalé

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Accusé d’être impliqué dans un réseau de trafic de drogue en Côte d’Ivoire, le ministre Hamed Bakayoko a nié les accusations en bloc avant d’annoncer une plainte contre Ibekwe Nicholas et Daan Bauwens, les deux journalistes d’investigation à l’origine de ce scandale. En Côte d’Ivoire deux journalistes d’investigation ont exprimé leur opinion sur le sujet qui alimente depuis quelques jours la polémique. Si Tiémoko Assalé s’est érigé en défenseur de la nation face aux graves accusations révélées dans le quotidien Vice, André Silver Konan estime lui qu’il ne revient au journaliste de défendre le mis en cause dans cette affaire.

 

Révélations de Tiémoko Assalé sur l’affaire

«Je ne peux accepter que des journalistes étrangers accusent mon pays sans preuves.
Aimer son pays, c’est aussi analyser ce qui est écrit, le concernant et qui l’accusent sur des faits criminels et demander des comptes aux autorités si les preuves sont solides.

En tant que journaliste, si je produis un dossier dans lequel j’affirme que l’armée nigeriane est financée par le trafic de drogue ou que les fonctionnaires Nigerians sont payés par les vendeurs de drogue Colombien, tous les confrères Nigerians me demanderont d’apporter des preuves et si mon article se base uniquement sur l’affirmation d’un prétendu agent des services secrets français, ces confrères me traiteront de fou.

Quoi donc? Un journaliste peut affirmer que ” La Guinée est devenue un État narcotrafiquant à part entière. Tout le budget de l’Etat, les salaires des ministres, la police, de l’enseignement, tout est payé par les chefs de la mafia colombienne”. Et quelle est la preuve qui permet d’affirmer une si grave chose ? Rien du tout. C’est juste la déclaration d’un “français” rencontré à Abidjan et qui serait “un ancien conseiller de l’ex président” (ivoirien), on ne sait lequel des ex-présidents Ivoiriens.

Et le même français affirme dans l’article que la mafia colombienne serait infiltrée dans “les hauts échelons politiques Ivoiriens” et que la preuve indirecte de cette affirmation, c’est que les permis de conduire ivoirien sont fabriqués en Colombie”. C’est tout ? C’est tout. C’est la seule preuve. On est priés d’applaudir ça comme du travail d’investigation.

Devant un travail journalistique aussi léger, on veut que je reste sans m’indigner sous peine d’être accusé de défendre le pouvoir ? Non.

Mon amour pour mon pays m’oblige à réagir devant de telles accusations portées par un confrère étranger contre mon pays et cela sans aucun début de preuve. Partout au monde, c’est comme ça. Si des journalistes étrangers accusent la France de faire du trafic d’organes humains en se basant uniquement sur les affirmations d’un prétendu agent secret Allemand, cela provoquerait un tollé général dans la presse française.

Récemment, sur l’affaire de l’efficacité ou non de l’hydroxichloroquine dans le traitement contre le coronavirus, la publication de la revue “The Lancet” dont la réputation est pourtant mondiale, il s’est trouvé des médecins et des professeurs de médecine en France, pour s’indigner du caractère douteux des données utilisées par la Revue.

Pourtant, parmi ces médecins et ces professeurs, beaucoup avaient contesté la méthode du professeur Raoult. Mais ils n’ont pas accepté qu’une étude mensongère discrédite un des leurs sur de fausses bases. Leur opposition à Raoult ne les a pas aveuglé. Personne n’a gobé les conclusions de l’étude de cette revue, sous prétexte qu’elle s’appelle “The Lancet”.

Voilà le patriotisme.
Quand un confrère étranger, pour taxer mon pays de plaque tournante de la drogue en Afrique de l’ouest, écrit qu’il a vu à Adjame un fumoir adossé au mur d’une gendarmerie sans me dire où se trouve cette gendarmerie, sans donner la moindre indication permettant d’identifier cette gendarmerie, jamais je ne peux accepter ça.

Quand dans le même article on écrit que Arafat roulait tranquillement sa moto et un véhicule est venu le percuter causant sa mort quelques temps à l’hôpital, alors que cela est faux, je ne peux accepter.
Soit c’est ceux qui ont traduit la version anglaise en français qui ont tout mélangé, soit c’est l’article lui-même qui est du bidon.
Voilà le patriotisme».

La réponse d’André Silver Konan à Assalé

«Ma position est constante depuis le début. Quand un problème aussi grave se pose, il appartient à la justice de l’éclaircir. Dans les pays qui se respectent, la justice s’en saisit, pour établir (ou démentir) les faits allégués par les journalistes. S’il s’avère que les faits sont faux, ceux-ci sont poursuivis pour diffamation. Si les faits sont réels, le mis en cause est poursuivi. C’est ainsi que les choses fonctionnent dans les Etats qui se respectent.

Dans les Etats qui se respectent, ce ne sont pas d’autres journalistes qui défendent le mis en cause, sur la base de leurs propres opinions ou en exploitant des failles dans le rendu de leurs confrères (la perfection dans un article de presse, comme dans tout travail humain, du reste, n’existe pas, et pour avoir été spécialiste dans certains pays, sans être natifs de ces pays, on peut facilement faire des confusions).

C’est le mis en cause qui, à défaut d’une auto-saisine du procureur, doit porter plainte contre les auteurs de l’article. S’en prendre à des relais locaux, c’est faire preuve de faiblesse. La force, c’est d’attaquer de front les auteurs qui appartiennent à un média international. Je répète : depuis le début de cette affaire, ma position est restée constante. Monsieur le ministre d’Etat, Hamed Bakayoko, déposez la plainte sur la table des auteurs, au siège de leur journal, et lavez votre honneur bafoué à l’international, parce qu’au national, vous l’avez vous-même dit, votre “réputation est faite, elle est pure”.

André Silver Konan
Ex-journaliste d’investigation
Premier et unique (jusque-là) Prix Norbert Zongo de nationalité ivoirienne».

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